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Leçons des démocrates : Doit-on responsabiliser ou restreindre les militants?

Et c’est parti! Dans cette nouvelle série de billets, j’ai tenté d’appréhender ce qui caractérise les opérations politiques actuelles du Parti démocrate. Nous avons catégorisé la nouvelle manière de faire du « terrain » de méthode Obama ayant pris racine pendant la course à la présidence de 2008. Plusieurs tactiques et stratégies américaines sont bien différentes de nos habitudes québécoises. On n’a qu’à penser à une élection permanente ou encore à cette abondance de formations et autres rituels permettant l’instauration d’une culture claire de parti. Toutefois, une dernière tactique mérite notre attention, alors qu’elle met en lumière une immense différenciation entre la méthode Obama et ce que font les partis au Québec.

4 – La responsabilisation, aka l’empowerment

En effet, il est important de souligner que l’ensemble des militants du Parti démocrate participe aux opérations de sortie de vote pendant les nombreux mois avant le jour du scrutin.  C’est-à-dire que toutes les opérations sur le terrain pendant l’année et demie précédant le jour du vote n’ont qu’un seul objectif : faire sortir le vote. Cela peut sembler normal, mais par conséquent, de nombreux militants et organisateurs ont accès à leurs statistiques et objectifs de quartier, ainsi qu’aux stratégies de sortie de vote et de ciblage de leur quartier, mais également de leur État. L’implication des militants dans les opérations n’est pas cosmétique. Ils sont le moteur de la « machine ». Au Québec, jamais nous ne partagerions des informations aussi sensibles sur la sortie de vote plusieurs mois à l’avance et à un nombre significatif d’organisateurs et de militants partout à travers la province.

Cette stratégie a davantage de sens lorsqu’on comprend qu’elle est jumelée à celle de la responsabilisation des militants. D’après ce que nous avons pu observer sur le terrain, je définirais inductivement la responsabilisation comme étant un code informel de conduites employé auprès de tous les acteurs de la chaîne de commande du parti s’opérationnalisant par 1) la délégation de tâches et de responsabilités accompagnées d’une imputabilité et par 2) une rhétorique rendant chacun des militants responsable de la réussite du parti en remettant symboliquement son contrôle entre leurs mains. Invité à prendre une part active et à « faire partie de la solution », le « changement » survient uniquement par l’intervention et l’implication politique du militant.

Délégation et imputabilité

Comme nous l’avons souligné dans un billet précédent, une rencontre en face à face permet de bien cerner chaque militant. C’est souvent à ce moment qu’on offrira au militant l’opportunité de s’impliquer en réalisant une action politique concrète : appels, porte-à-porte, mobilisation, recrutement, etc. Il s’agit là d’un premier exemple de responsabilisation. Toutefois, s’il réussit ce premier «test» et s’il travaille suffisamment fort, le militant peut alors prendre de nouvelles responsabilités.

Pendant mon terrain de recherche au sein de la campagne d’Obama, j’ai demandé à savoir qui pouvait devenir un «organisateur de campagne» :

It’s people who weren’t elected to those positions, but who, simply put, have some time, who are good. It’s also a system that’s built on competence, which is important according to me. […] Those who are good will get promotions and they’ll get more responsibilities (Marvin, militant démocrate, 2011).

Rhétorique invitante et inspirante

La rhétorique du parti et les discussions avec d’autres collègues inspirent le militant à s’impliquer davantage et à participer à des activités afin qu’il concrétise le changement souhaité. Par exemple, lors d’une formation, la rhétorique employée par les formateurs et les cadres présents invite tout un chacun à prendre en charge des activités, des postes et éventuellement la direction d’une équipe locale. Se partage alors le sentiment d’être écouté et de pouvoir influencer la direction du Parti. Par conséquent, les militants en font davantage pour le Parti démocrate. Il s’agit également d’un bon moyen pour canaliser l’enthousiasme des nouveaux militants et pour orienter leur intégration au sein du parti.

La semaine prochaine : La place des histoires dans les échanges entre militants

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