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4 leçons des démocrates : une communication axée sur les enjeux

La semaine passée, j’ai débuté ma nouvelle série de billets sur les leçons apprises au Parti démocrate. Leurs opérations sur le terrain sont si bien développées que nous devrions prendre le temps d’appréhender ce qui les rend si efficaces. Continuons ensemble à étudier les leçons issues de notre mission d’observation :

2 – Une communication axée sur les enjeux

Alors que c’est une tactique plutôt rare au Québec, les démocrates ont la saine habitude de constamment morceler et adapter leur message (microtargeting). Il existe de multiples différences entre le message exprimé à travers les médiums de masse et celui présenté aux militants et aux individus (rencontres, courriels, etc.). La manière dont ils communiquent avec leurs militants est expressément pensée pour optimiser le recrutement en axant le message sur des enjeux.

Certes, un candidat doit avoir réfléchi sur ses positions au préalable. Il doit maintenant assumer les difficiles conséquences de ces choix politiques et plutôt espérer miser sur leurs avantages. Posez-vous des questions si vos militants se demandent si votre parti et votre candidat sont à gauche ou à droite, fédéraliste ou souverainiste?

Trop souvent, des organisateurs québécois prennent leur liste de militants, ils y cherchent frénétiquement le premier numéro de téléphone, pour finalement appeler cet heureux élu, sans jamais l’avoir rencontré, afin de lui demander s’il peut faire du porte-à-porte ou encore se présenter dans une réunion au nom de cet organisateur. La plupart du temps, le militant à l’autre bout de la ligne refusera ou prendra peur.

Prenons ensemble un autre chemin.

La semaine passée, j’ai souligné comment la pression sociale des relations favorisait l’engagement des militants. À cela, les démocrates ajoutent un message axé sur les enjeux. Par exemple, lorsqu’un organisateur américain rencontre un militant potentiel, ils échangent d’abord sur les raisons personnelles qui les ont menés à s’impliquer. Il est nécessaire que l’organisateur s’exprime également. La discussion bifurque alors vers les enjeux importants pour le militant. Pourquoi la promotion du mariage gai ou encore la défense de la réforme de la santé du président Obama est si capitale pour ce nouveau militant?

Et c’est que la magie s’opère. L’organisateur interpellera le militant :

«Marshall, you know that Domenic stands for gay rights and that he fought with you the last 4 years to protect Obamacare. Now, if Domenic doesn’t get elected, there’s nothing that will keep a Republican Congress from breaking down Obamacare and gay rights will have a hard time. I think we need to do something about it and make sure that Domenic get elected next week. So, can we count on you to come in tomorrow and phone bank with us at 5pm or maybe 7pm?»

Sur le terrain, le processus de recrutement s’opère en transformant le capital issu des aspirations qu’inspirent les enjeux en un capital social pour le candidat ou le parti. La personnalité de Barack Obama n’était pas le seul attrait du candidat. Sa popularité s’expliquait entre autres choses par ses prises de position de «gauche», par exemple, sur la nécessité d’une réforme de la santé ou encore contre la guerre en Irak.

L’exemple présenté ici ne touche que le recrutement des militants, mais cette tactique est utilisée dans l’ensemble des communications de la campagne (1), y compris avec l’électorat. En résumé, le candidat est articulé comme étant un moyen pour répondre aux problématiques des enjeux qui touchent l’électeur ou le militant. Il n’est pas une fin, c’est-à-dire, qu’on ne vote pas ou qu’on ne milite pas pour un candidat parce que ce qu’il porte l’étiquette «démocrate» ou parce que c’est lui. Ce n’est pas sa famille politique ou sa personnalité qui importe, c’est plutôt parce qu’il est pour ou contre certains enjeux et qu’ils cherchent à les résoudre, les faire avancer.

La semaine prochaine : Formations, formations, formations

1- Y a un bon billet de blogue à faire sur la déconstruction des courriels des démocrates et des libéraux fédéraux.

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