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4 leçons sur le militantisme apprises chez le Parti démocrate

L’électorat américain a exprimé sa colère et son cynisme lors de la dernière élection de mi-mandat. J’ai justement eu la chance d’y observer les opérations de terrain du Parti démocrate avec plusieurs collègues du Parti Québécois. Bien que les résultats électoraux ne furent pas à la hauteur des attentes des démocrates, il n’en demeure pas moins que leurs opérations d’organisation de campagne sont – de loin – plus rigoureuses et plus professionnelles qu’ici. Autant au Québec qu’au Canada. La littérature en science politique en fait foi. Par exemple, Ground Wars de R.K. Nielsen est une lecture obligatoire sur le sujet.

Qu’est-ce qui rend les équipes démocrates si efficaces sur le terrain? Dans les prochains jours, j’exposerai les quatre plus importances leçons issues de notre mission d’observation. Je présenterai une tactique par semaine en débutant aujourd’hui avec :

1 – Bâtir des relations avec ses militants

D’abord, clarifions quelque chose. Aux États-Unis, celles ou ceux qui A) gère la campagne, B) gère une sous-division d’un district électoral, C) gère une activité, C) mobilise de nouveaux bénévoles et D) donnent des formations sont des organisateurs. Dans le contexte québécois, leurs tâches ressemblent donc à celles nos présidents de circonscription, de nos DOC et des responsables de l’organisation dans nos exécutifs.

Or, chez les démocrates, être un organisateur, c’est être un ami. C’est-à-dire que c’est une question de ton et d’attitude. Il faut respecter les bénévoles, composer avec leurs demandes et leurs horaires. C’est aussi exprimer de la gratitude à l’égard des militants offrant un peu de leur temps doit être une philosophie de vie.

Cette attitude est d’ailleurs palpable dès les premières rencontres des organisateurs avec les nouveaux militants. Les démocrates tiennent des rencontres de recrutement, notamment les « one-on-one ». Ces rencontres tenues « en tête-à-tête » par un organisateur et son prospecte militant servent à identifier si ce dernier est un leader potentiel, mais également à connaître ses intérêts, ses forces et ses faiblesses. Le guide pratique des organisateurs d’Obama est sans équivoque : la rencontre ne doit pas être un exercice mécanique. « It is about connecting and listening, with the aim to channel a person’s enthusiasm into a specific action. […] Organizing is a fancy word for relationship building. »

Je m’exprime, tu t’exprimes.
Des liens se tissent.
Une confiance s’établit.
J’ai le goût de militer avec toi.

Ne soyons pas dupes. Il est vrai que le milieu de l’organisation politique renferme son lot de conflits et de tromperies. Et c’est précisément pourquoi une confiance authentique engendre de meilleurs résultats. Elle favorise une plus grande mobilisation grâce à la pression sociale qu’elle occasionne. La confiance facilite aussi le transfert des connaissance. En fait, la structure organisationnelle du modèle démocrate s’inspire de celle du community organizing où sa force et son efficacité reposent sur les relations. Dans mon mémoire, j’avançais que :

L’un des moments clés du processus de socialisation est l’accueil des nouveaux militants. Chez OFA par exemple, des activités codifiées, comme les one-on-one et les house meetings, servent explicitement à « l’introduction » du militant et à connaître l’organisation. Régulièrement, des activités sociales dans les cafés et les bars sont planifiées afin d’y écouter les débats ou pour agrandir le réseau de contacts personnels du militant. Le nouveau militant est alors exposé aux anecdotes et à des situations contenant des représentations culturelles. Ce faisant, les intentions politiques des nouveaux arrivants sont tempérées par les explications des initiés sur les règles du jeu. Par la même occasion, des relations et des amitiés se bâtissent par l’échange et la discussion avec les initiés. D’ailleurs, certaines relations entre militants peuvent devenir similaires à une forme de mentorat où l’initié offre ses conseils et participe à la construction de la compréhension du milieu du profane (selon cinq militants démocrates, 2011). À ce propos, Orlando me raconte que : « some of them has been there since the 60’s. I really take my cues from them and follow their example » (Orlando, militant démocrate, 2011).

Ce n’est pas anodin si le slogan des organisateurs d’Obama est : « Respect. Empower. Include. » Leur guide renchérit en stipulant que : « People will come to us for President Obama and our candidates. They will stay because of you. »

La semaine prochaine : Une communication axée sur les enjeux

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