Quelques pistes issues de mon terrain de recherche à New York

Comme je suis toujours tiraillé entre une élection et la codification de mes entrevues, je ne peux pas encore suggérer un sens à ce qui se cache au coeur de mes entrevues. Dans un article déjà publié, j’ai cependant déjà avancé quelques pistes que j’avais notées alors que j’étais dans la Grosse Pomme.

Rappelons que dans le cadre de ma maîtrise, j’ai réalisé un terrain de recherche à New York pendant trois mois (juillet à septembre 2011) afin d’y tenir un journal d’observation et d’y conduire des entrevues semi-directives avec les militants démocrates utilisant Internet dans le cadre de leurs fonctions partisanes.

 

D’emblée, les participants aux entrevues ont exprimé le suivi d’une philosophie partagée éclaircissant la conformité de leur expression en ligne et l’omission de situations conflictuelles au sein du parti malgré le potentiel d’expression sans filtre du Web. Plusieurs ont évoqué que l’expression des dissensions ou désaccords internes minait les chances de victoire du parti, ce qui est maintes fois appuyé dans la littérature (voir Gabel, Scheve, 2007; Zaller, 1992). « If you can’t say something nice don’t say anything at all », m’a expliqué l’une des participantes. D’autres normes semblaient naturelles pour les militants. L’ensemble de ces normes et habitudes peut être conceptualisé, comme l’évoque Dwaine Marvick (1966), comme des éléments formant une sous-culture militante.

Ensuite, d’un point de vue plus behavioriste, certains participants ont parlé d’une autre piste que j’ai pu observer moi-même. Une personne ayant une autorité légitime à l’intérieur de la hiérarchie du parti pouvait influencer l’expression en ligne en demandant ouvertement aux militants d’adapter leurs futures communications ou en effectuant – ou essayant d’effectuer – une forme de censure a posteriori. Ceux qui ne respectaient pas les consignes étaient évacués du mouvement ou identifiés comme étant des trouble-fêtes. À mon sens, ce contrôle est relié d’une manière ou d’une autre à une soumission qui est face à un rapport de force, face, en des termes Bourdieusien, à une influence d’un capital symbolique et/ou social.

Finalement, le langage, le champ lexical utilisés, ainsi que l’intégration des bénévoles qui furent observés sur le terrain autant en ligne et qu’hors ligne transmettent aux militants des informations « concernant l’attitude, les valeurs, les normes, le comportement et les coutumes établis ou souhaitables dans l’organisation » (Dodson, 1990). C’est ce que Debra Dodson décrit comme étant une socialisation politique à l’échelle d’un parti.

Prochain billet : Où cela mène-t-il? 

Bibliographie

DODSON, D. L. (1990). « Socialization of Party Activists : National Convention Delegates, 1972-81 », American Journal Of Political Science, Vol. 34, No. 4.

GABEL, M. and K. SCHEVE (2007). « Mixed Messages, Party Dissent and Mass Opinion on European Integration. » European Union Politics 8(1): 37-59.

MARVICK, D. (1966). « Les cadres des partis politiques en Allemagne », Revue française de sociologie, Vol. 7, numéro spécial : le comportement politique.

ZALLER, J. (1992) The Nature and Origins of Mass Opinion. Cambridge: Cambridge
University Press.

Leave a Reply

Next ArticleL'apocalypse organisationnelle